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Alerte … Nos Igher​man sont en DANGER !​

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Note de la rédaction: L’équipe de Gardmit.com a l’honneur d’accueillir, sur son site, le texte de l’écrivain et journaliste indépendant Lhoussain Azergui. Fils du grand Afrekla, une fierté:

Biographie:

→ Voir la page de l’auteur sur Wikipédia: Lhoussain Azergui

Patrimoine architectural millénaire, les igherman du Sud-est Marocain, sont appelés à disparaître. Ils attirent, chaque année, des milliers de touristes étrangers. Les prospectus touristiques taisent cette réalité.

Prospectus :

« Ici, les paysages se suivent et ne se ressemblent pas. Sable brûlant et crêtes enneigées, canyons vertigineux s’ouvrant sur une campagne verdoyante, et partout, émergent d’une palmeraie, juchées sur un roc rougeoyant, devant un lac émeraude, de somptueuses kasbahs, féeriques citadelles de terre et des ksours à la beauté insolite, villages fortifiés couleur de sable. Ce sont les vallées du Draa, du Dadès, du Ziz. ».

C’est ainsi que les prospectus distribués gracieusement par l’Office marocain du tourisme, aux milliers de vacanciers, décrivent le grand sud marocain. Le voyageur se rendant sur les lieux découvre que la réalité est toute autre. Le spectacle est affligeant. Un patrimoine agonise dans l’indifférence la plus totale : murailles à moitié détruites, maisons délabrées, vétustes, ou tombant en ruine. Voilà ce qui reste des igherman « à la beauté insolite ».

Au chevet d’un patrimoine en voie de disparition :

Les igherman du Sud-est Marocain, font partie du patrimoine architectural et témoignent d’un savoir-faire millénaire. Ils attirent tous les ans des milliers de touristes étrangers. Majestueux par leurs immenses murailles en pierres et en terre battue, leurs imposants portails en bois de palmier dattier ou de tamaris, leur architecture d’une éblouissante beauté, particulière et complexe, construits le long des vallées de Ziz, Ghéris, Afrekla, Tdeght, Dadès et autres constituent, depuis des années, un pôle d’attraction touristique du Sud profond. Ces anciennes habitations, construites il y a plusieurs siècles, moisissent, sans espoir d’une réhabilitation ou d’une restauration, de la part des responsables administratifs.

Construits, depuis plusieurs siècles, sur des hauteurs pour des raisons de sécurité, stratégiques (guerres entre confédérations de tribus) et climatiques (la proximité des maisons favorise un climat frais pendant les grandes chaleurs et garde la chaleur en hiver), ces ighermen sont de véritables chefs-d’oeuvre architecturaux.

La construction d’un ighrem nécessite de longues années, la conjugaison des efforts de toute une tribu ou d’une confédération, dépend des matériaux locaux de construction (terre, pierres, eau, bois, troncs de palmiers, paille.) ainsi que d’experts en la matière.

Les habitants ont déserté la plupart de ces villages communautaires. Ils ont choisi de construire de nouvelles maisons au coeur des oasis et des vallées, et ont délaissé ces grands musées à ciel ouvert qui subissent les affres de la nature dévastatrice. Ces bâtisses centenaires, altérées par le vent, la pluie, les inondations et les neiges, se fissurent et se délabrent au fil des ans, se fragilisent, s’écroulent dans l’indifférence la plus totale. Plusieurs ighermen sont entièrement détruits, d’autres menacent de tomber en ruine.

Seules quelques-unes de ces bâtisses sont entretenues par leurs propriétaires qui les ont transformé en maisons d’hôtes, en hôtels, ou en auberges. La restauration de la kasbah des Ait Benheddou à Ouarzazat et son classement comme patrimoine universel, témoigne de la grandeur et de l’importance que revêtent ces constructions dans l’histoire et dans la vie politique, sociale et culturelle des imazighen du Sud-est.

Nécessité de mise en valeur du patrimoine national :

La question de la mise en valeur du patrimoine national et la restauration des ighermen et des kasbahs du sud-est est plus urgente que jamais. Les potentialités dont regorgent le grand sud Marocain contribueront sûrement au développement du tourisme dans cette région qui a déjà du mal à accueillir les touristes qui s’y rendent, vu l’absence d’infrastructures. Absence du contrôle des prix souvent exorbitants, faux guides, arnaques d’étrangers ne sont que quelques-uns des maux qui rongent le tourisme.

Lhoussain Azergui